Visite de l’expositon “Mathieu Forget – Lévitation”

Exposition Mathieu Forget
 
Visite de l’expositon “Mathieu Forget” – Lévitation
 
L’exposition LEVITATION présente pour la première fois en musée une rétrospective de l’artiste français Mathieu Forget, à travers une sélection de 80 photographies consacrées au mouvement. Une invitation à découvrir une pratique singulière, à la fois physique et contemplative, ancrée dans le réel et tendue vers l’insaisissable.
 

 
Depuis une dizaine d’années, Mathieu Forget, connu aussi sous les noms de Forgetmat ou The Flying Man, poursuit une même question avec une obstination presque silencieuse : que se passe-t-il dans le corps, et dans l’image, au moment précis où l’on quitte le sol ? Danseur, photographe et réalisateur, il est à la fois derrière l’objectif et devant, en tant que sujet.
Chaque image commence comme un scénario : le lieu, le costume, la lumière, la chorégraphie. Tout est pensé avant le saut. Quand il s’élance, c’est un défi sportif autant qu’une performance artistique. Puis vient la retouche, travaillée comme un peintre travaille la couleur et les ombres, pour donner une seconde vie à l’instant.
 
Durant ce vol éphémère d’une demi-seconde, il s’évade du monde qui l’entoure. Suspendu entre terre et ciel, hors du temps, il flotte et vit un instant magique. Puis, lorsqu’il retombe, il regagne le monde réel, et contemple la photographie avec un regard différent. Ce n’est plus lui. C’est un corps suspendu dans les airs, une expression, un geste, un désir, un rêve, une émotion. Sensible aux lignes, aux formes et aux couleurs, il sublime les lieux traversés, les corps, la lumière. Moins il y a d’éléments dans le cadre, plus les sensations sont denses.
 
Rien ne relève du trucage : chaque image est arrachée à une fraction de seconde où l’effort physique rejoint une nécessité artistique. C’est peut-être là que réside la singularité de Mathieu Forget, faire du geste une image, et de l’image quelque chose de presque tangible.
 
LEVITATION rassemble une décennie de travail. De New York à Istanbul, de Paris à Los Angeles, jusqu’aux étendues de l’Antarctique, en passant par le Moyen-Orient et le Japon, se dessine une géographie sensible. Chaque lieu impose sa lumière, son silence, sa résistance, et le geste, lui, reste le même, inchangé, comme une signature gravée dans l’air. Mais ce qui se révèle ici n’est pas une carte du monde, c’est le portrait d’un homme qui cherche, à chaque saut, à se perdre pour mieux se trouver.
 
Mathieu Forget vous invite à vous laisser porter dans l’art de la lévitation et à voyager dans son imaginaire. Le temps d’une exposition, laissez le sol se dérober sous vos pieds.
 
Mots de l’artiste:
Pendant mon enfance, j’ai constamment voyagé avec mes parents. J’ai grandi entre les paysages, les cultures, les horizons. Je disais souvent que je vivais dans l’avion. Le ciel est devenu un refuge, un point d’ancrage, un endroit où je me sens libre et apaisé. Très tôt, mon imaginaire a pris une place essentielle dans ma vie. J’ai grandi dans le monde du tennis avec des rêves de champion. Mais à l’adolescence, la danse hip-hop entre dans ma vie et tout change. Le mouvement devient un langage. Mon corps devient un outil d’expression.
 
Je pars aux États-Unis, en Californie, pour suivre une formation artistique, entre tennis, théâtre et danse. Puis direction New York où je deviens directeur créatif. J’apprends la lumière, les angles, le regard, jusqu’au jour où je décide de le faire seul. Un trépied, un appareil, j’expérimente et je peaufine mon sujet. Je me photographie dans les airs et je capture ces instants suspendus. Je filme aussi la préparation, les essais et les chutes que je partage sur mes réseaux sociaux. Des millions de vues plus tard, une question se pose : où peut-on voir ce travail dans la réalité ? Cela devient une évidence. J’ai besoin d’exposer.
 
J’imagine mes visuels comme des scénarios avec une mise en scène, mais avant tout une histoire. Je choisis le lieu, le costume, la prise de vue et la chorégraphie. À travers la retouche et le montage, je donne une autre vie à cet instant.
 
La photographie me permet de capturer le moment, et la vidéo me permet de raconter l’histoire dans sa continuité, comme un peintre travaillant la couleur, les teintes et les ombres. Chaque composition est pensée pour créer une émotion. Dans mes images, il y a cet instant très court où le corps n’est ni en montée ni en descente, il est à son apogée. Je dialogue avec l’espace qui m’entoure et je dessine dans les airs. Au fond, mon travail cherche à relier le mouvement et l’arrêt, le corps et l’espace, l’émotion et la forme. La lévitation suspend le réel.
 
Cette exposition marque dix années de travail dans les airs. Celui de l’enfant qui ne touchait pas terre.
J’ai fait un rêve, celui de voler.
 
Parcours de l’exposition
 
L’exposition s’ouvre au rez-de-chaussée sur une rencontre inattendue avec le sport. À l’occasion des Jeux de Paris 2024, Mathieu Forget photographie pendant plus de 3 ans des athlètes olympiques et paralympiques en cherchant non pas le triomphe, mais l’entre-deux : cet instant fragile où la puissance rejoint la grâce. Les cinq couleurs du drapeau olympique : bleu, noir, rouge, jaune, vert, vibrent et tissent un pont entre le stade et l’atelier, entre la performance et l’œuvre. Car l’athlète et l’artiste partagent la même quête, transformer l’effort en émotion, la discipline en geste, le corps en langage.
 
 
La deuxième salle ramène à l’origine. Mathieu Forget a 18 ans, il débarque aux États-Unis avec une disponibilité totale au monde. La ville le traverse, la danse le révèle. Une salle entière de photographies collaboratives retrace ce journal visuel. Un regard qui commence à se reconnaître lui-même.
La troisième salle témoigne de l’évolution esthétique de l’artiste, de l’Amérique des débuts jusqu’au Japon de la maturité. Là où New York affirmait, Tokyo suggère. Le geste ne disparaît pas, il se précise. Dix ans de voyages à travers le monde ne sont pas une progression, mais un approfondissement : on ne voit pas davantage, on apprend enfin à discerner. Une projection retrace tous les projets vidéo associés aux créations de l’artiste.
 
Sur la mezzanine, le rythme change. On s’élève au-dessus du récit. L’Antarctique ouvre cet espace comme une évidence radicale : territoire d’une pureté presque violente où le corps devient résistance et la fragilité, grandeur. L’iconique œuvre Frozen Crown avec Autstral prises sur le bulbe du bateau forment une séquence intérieure où l’artiste s’expose autant qu’il expose.
 
Puis viennent les lignes. Turquie, États-Unis, France : chaque territoire devient une variation sur un même langage, celui de la géométrie du monde. Lost in Colors, Gallery of Curves, Flow Like a River, Inception condensent dix années non en événements, mais en formes. Ce qu’il reste, une fois le récit dissous, ce sont les contours fondamentaux qui organisent notre perception.
 
En redescendant, les corps des athlètes, l’énergie américaine, le minimalisme japonais se recomposent. Rien ne disparaît, tout s’additionne. Nous lévitons.
 
L’exposition est conçue comme une expérience visuelle et immersive, où certaines images s’animent en réalité augmentée, prolongeant l’intention de chaque création.

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