Exposition “Studio Harcourt”

exposition Harcourt
 
Superbe exposition au musée de la photographie.
 
Depuis sa création en 1934, Studio Harcourt, hors du temps et des modes, préserve et cultive les valeurs fondamentales qui ont forgé son succès et sa réputation : l’exigence de l’excellence, le respect d’une esthétique et une élégance à la française.
 

Imaginé par Cosette Harcourt, femme d’exception, moderne et à l’avant-gardisme audacieux, le Studio éponyme à sa fondatrice nait de sa collaboration avec Robert Ricci et les frères Lacroix, patrons de presse à l’instinct visionnaire et hommes d’affaires aguerris.
 
L’esthétique de Studio Harcourt puise son héritage dans les racines glamour de l’âge d’or du cinéma français en noir et blanc. Cette image unique, recèle une histoire, une émotion, savante alchimie de clair-obscur.
 
Souvent imité mais jamais égalé, le style Harcourt est devenu un gage d’éternité, une référence iconographique qui, au fil des années, s’impose comme une signature incontournable.
Véritable institution aujourd’hui labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant », la griffe Harcourt s’inscrit dans l’inconscient collectif et poursuit sa quête d’intemporalité, gravant son empreinte dans l’imaginaire du temps. Mémoire picturale des grandes figures artistiques, culturelles et politiques du XXème, la légende s’impose comme une évidence, défiant le temps qui passe.
Francis Dagnan, Président du Studio Harcourt
 
LA MISE EN PLACE D’UN STYLE (1934-1940)
 
De son vrai nom, Germaine Hirschefeld, Cosette Harcourt née à Paris en 1900. Elle est la fille de commerçants juifs allemands. En 1930, elle apprend la photographie dans les studios Manuel Frères. Elle y rencontrera les patrons de presse Jacques et Jean Lacroix ainsi que Robert Ricci, fils de la couturière Nina Ricci, avec qui elle fonde le studio Harcourt en 1934.
 
L’objectif est de répondre au besoin d’images des deux frères pour leurs publications, les revues. Riche de son expérience dans le studio des frères Manuel, spécialisé dans le portrait et la photographie industrielle, Cosette devient rapidement la cheville ouvrière du projet. Elle met en place une stratégie bien définie qui permet, en peu de temps, de séduire la clientèle et de fonder la renommée du studio. Utilisant les éclairages du cinéma, celui-ci développe rapidement une esthétique nouvelle. Chacun de ses tirages est repérable entre tous grâce à la griffe Harcourt qui évolue au fil des années. Installé à partir de 1938 dans un luxueux hôtel particulier au 49, avenue d’Iéna à Paris, le studio Harcourt devient le lieu de passage des personnalités qui font le « Tout-Paris».
 
Le style Harcourt se caractérise généralement par un plan rapproché du sujet – plan taille cadré sur le buste ou gros plan sur le visage, ce qui implique un travail de retouches assez élaboré, sur le négatif comme sur l’épreuve, pour gommer les imperfections du portraitisé et affiner le grain de la peau – selon une esthétique extrêmement codée. Le modèle est pris sous son meilleur angle, souvent de trois-quart et/ou en contre-plongée (le plan frontal est rare), éclairé par une lumière de projecteurs de cinéma généralement latérale (éclairage au tungstène qui favorise les effets de luminescence sur le visage et de moire sur le fond) ou en halo créant un fort effet de clair-obscur, en profondeur de champ faible, sur un fond de dégradé du gris au noir, avec l’attention portée sur les yeux, détournés ou élevés.
 
UN ATELIER DE PORTRAIT SOUS L’OCCUPATION (1940-1944)
 
Dans Paris occupé, après juin 1940, le studio Harcourt accroît son activité et, modernisant ses installations, devient rapidement le premier studio de portrait de la capitale à la suite de la fermeture de ses principaux concurrents, les frères Manuel. Jean Lacroix, après avoir négocié avec l’occupant la fourniture des matières premières nécessaires (pellicules et produits chimiques), lance un nouveau magazine grand public : Vedette. L’illustration en est largement assurée par le studio. En première page s’affiche alors immanquablement le portrait d’un acteur ou d’un chanteur de variété siglé de la griffe Harcourt, réalisé par des photographes de plateau reconnus comme Raymond Voinquel ou Roger Foster.
 
LES HEURES DE GLOIRE DU STUDIO (1944-1970)
 
En 1944, les Américains succèdent aux soldats allemands. C’est pour le studio la période de son apogée. En 1947, pour attirer une clientèle étrangère, il publie une petite brochure en anglais Portrait of the to-day dans laquelle est décrit le parcours d’un client dans l’hôtel particulier décoré par Claude Schurr. Après avoir choisi la pose qui le met en valeur, le modèle passe entre les mains d’une maquilleuse qui, « soulignant ou accentuant un regard […] rend possible un rendu plus fidèle du visage que les anciens procédés de retouche ». Il rejoint alors le studio où officie l’un des huit photographes employés par l’entreprise dans ces années fastes. Après la séance, les négatifs sont développés sur place et confiés à la retouche. Une fois les épreuves griffées du sigle Harcourt, elles sont remises au client dans l’un des salons.
 
LA CLIENTÈLE DU STUDIO HARCOURT
 
Écrivains, artistes de variété, comédiens, hommes politiques, danseurs ou peintres s’y font photographier. Formidable entreprise photographique, le studio Harcourt fait travailler jusqu’à quatre-vingts personnes : maquilleuses, éclairagistes, photographes, tireurs et retoucheuses. Les photographies des acteurs diffusées dans la presse et les salles de cinéma de l’époque attirent la bourgeoisie parisienne, assurant ainsi le succès économique de l’atelier dans les années 1950-1960. Le studio réalise plus de quatre cent mille commandes entre 1934 et 1979.
LE FONDS HARCOURT À LA MAP (Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine)
 
Au début de l’année 1989, le studio, dirigé par Antoine Hours, connaît des difficultés financières. Ce dernier envisage de céder à une institution publique les négatifs anciens entreposés dans un garde-meuble à Aubervilliers. En juillet 1989, le ministre de la Culture Jack Lang, conscient de l’intérêt patrimonial du fonds, décide de procéder à l’achat des collections photographiques du studio Harcourt. Cette acquisition porte sur quatre millions de négatifs de 1932 à 1979, le fichier client et les planches contact. La cession est signée le 14 novembre 1989 et permet de sauvegarder cet ensemble à l’avenir incertain. Le ministère de la Culture devient dépositaire, conservateur et gestionnaire du fonds et il en confie la charge au service des Archives photographiques (fort de Saint-Cyr).
 
Le 10 octobre 1991, la société « Les studios photographiques Harcourt » est déclarée en redressement judiciaire par un jugement du tribunal de commerce de Paris. À cette occasion, l’Association française pour la diffusion du patrimoine photographique se porte acquéreur d’environ quatre-vingt mille négatifs produits par le studio durant la période 1980-1991 et de trois cents tirages.
 
Racheté plusieurs fois depuis 1991, le nouveau studio Harcourt-Paris poursuit son activité et perpétue la grande tradition des ateliers parisiens de portrait.

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